La presse musicale n'a aucune honte

Même si je précise musicale, le reste de la presse n'est pour moi pas plus inspirée. Je ne vais pas revenir sur de nombreux titres nauséabonds à faire bondir, de nombreux articles puants - et je ne parle pas des commentaires - quand ce ne sont pas certains écrits avec les pieds (qui puent, cela va de soi).

Bon. Revenons à nos moutons. Ça faisait longtemps que je n'avais eu entre les mains un exemplaire du magazine "Les Inrocks" qui fut un temps - lointain - était une la référence en matière de presse musicale (indie & vaguement intello, quand même), avec une maquette sobre et en noir & blanc, une périodicité mensuelle et des articles fouillés et non racoleurs. Depuis son passage à un hebdo traitant d'à peu près tout, d'aucuns avancent qu'on y a perdu au change. Je peux difficilement leur donner tort.

Adoncques, vous n'êtes pas sans savoir si vous suivez un tant soit peu l'actualité musicale (je me demande même si on peut y échapper même sans la suivre) qu'un nouvel artiste émergent du nom de Lescop est en train de casser la baraque ! Pour ceux qui n'auraient pas encore fait le rapprochement, vous avez forcément dû entendre un truc qui sonne comme les années 80, avec force claviers et rythmique programmée dansante juste ce qu'il faut, la basse raide et sombre, et une voix à faire pâlir d'envie tout Daho sur le retour. Un brin dark / cold aussi, mais j'y reviendrai.

Soyons clair : je n'ai rien contre lui, il fait bien la musique qu'il veut, à la limite je m'en fous... sauf que. Il faut pas pousser. Déjà l'hyper médiatisation, je suis pas fan. Car oui, en l'espace de quelques mois, on est passé de l'illustre inconnu issu d'un groupe obscur à un truc qui tourne sur télé & radio avec en bagage un EP. Ok. Du coup j'ai pas pu passer à côté, j'étais obligé d'entendre. Outre le fait que ça sent le recyclage à plein nez (du neuf avec du vieux, une combine qui fonctionnera toujours), Les Inrocks ont donc trouvé nécessaire pour la sortie de l'album tant attendu[1] d'emmener ledit Lescop sur les traces de... Joy Division. Ah oui, passque le gars de la Rochelle, ça le faisait moyen, alors ils ont pensé : Tiens, vu que sa musique évoque Joy Division, si on allait faire une séance photo à Manchester, ville d'origine du groupe ?

Le pont...Ça commence sérieusement à sentir le truc pas frais, là. Bref, voilà le côté dark des textes, de la voix, tout ça, le côté torturé du gars[2], ça charge la barque, on va bientôt chavirer à force. Mais ça n'est pas fini, non. La dernière idée lumineuse arrive alors qu'on voit une photo du chanteur sur le célèbre The Epping Walk Bridge, pont où le groupe fut photographié en 1979. N'en jetez plus.

De grâce, laissez Ian Curtis en paix, il n'a pas besoin d'une telle publicité mensongère. Joy Division fait partie de mon ADN musical, leurs disques m'ont été autant une bouée[3] qu'une influence forte, autant dire que j'ai du mal à prendre du recul face à cet "hommage" qui a tout de l'opération de com'.

À gerber.

[soundtrack: Nine Inch Nails - Year Zero]

Notes

[1] Avec le plan marketing qui va bien, c'est normal que du monde l'attende

[2] On y croit à fond

[3] À l'instar de 2 albums de Cure, Pornography et Faith

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