Merde, Albini

S’il est un musicien et ingénieur du son influent dans la musique indé mais pas que, c’est bien Steve Albini.

Il vient[1] de brutalement mourir à 61 ans d’une crise cardiaque alors qu’il travaillait dans son studio d’enregistrement à Chicago. La nouvelle s’est répandue rapidement sur les réseaux et même dans la presse généraliste : France info, Libération, Le Monde

Albini était d’abord un musicien dès les années 80 avec Big Black, puis Rapeman et enfin Shellac dont le dernier album “To all trains” vient de sortir. J’ai dû voir Shellac au moins une demi-douzaine de fois entre Dijon, Lyon et Nîmes (au Tinals). Et à chaque fois le son aiguisé du trio guitare / basse / batterie faisait mouche, l’humour ou la provocation de Steve et Bob (Weston, bassiste et ingé son également) ajoutant le piment nécessaire à tout bon concert du groupe.

Guitariste chanteur en concert, un peu penché en avant sur son instrument, en mouvement
Steve Albini @ Tinals, juin 2019

Tout en continuant son parcours musical, il a assez vite commencé d’enregistrer des groupes jusqu’à monter son studio en 1997, le célèbre Electrical Audio à Chicago.
Passons rapidement sur son fait d’arme le plus célèbre en tant que metteur en son de l’album In Utero de Nirvana[2]. Dans les artistes les moins obscurs, il y a aussi l’album Surfer Rosa de Pixies ainsi que l’album le plus cru de PJ Harvey, Rid of me. S’il était connu pour ces travaux, il a également officié pour une part importante de la scène indépendante, que ce soit en noise/hardcore, en pop/rock indé voire en folk. Ma discothèque regorge de disques qu’il a enregistrés[3] ; en voici quelques uns parmi les plus marquants :

  • Shannon Wright / Over the sun
  • Low / Secret name
  • Distorted Pony / Punishment room[4] + Instant winner
  • Sloy / Plug
  • Nina Nastasia / Run to ruin
  • The Breeders / Pod

Il était une figure du son “brut”, il avait un savoir-faire inégalé pour capter l’essence des interprétations “live” grâce à une technique sans cesse améliorée, notamment sur le choix et le placement précis des micros, avec des micros d’ambiance qui donnait cette sensation live à l’écoute. Il ne jurait que par l’analogique, de l’enregistrement au mixage, mastering et pressage en vinyle.

C’était aussi un passeur, il aimait partager son savoir, sur la chaîne youtube de son studio, par le biais de sessions “Mix with the masters”, au cours desquelles il enseignait sa technique à des ingés sons en devenir. On trouve également beaucoup d’informations sur le site d’Electrical Audio sur les équipements, les micros utilisés, etc.

Groupe de musique sur scène avec de gauche à droite : un guitariste, un batteur et un bassiste, le tout vu de la fosse côté cour. En noir & blanc.
Shellac - Nîmes, 2016

Une autre facette du personnage tenait à sa farouche opposition au business de la musique, sur tous les aspects, que ce soit en studio ou en tournée : une attitude DIY[5] radicale et qui a influencé nombre d’artistes…
Il ne mâchait pas ses mots sur l’influence des maisons de disques concernant l’orientation du contenu artistique des albums enregistrés. Ça allait de paire avec son attitude d’ingé son non “producer”[6] : il se mettait au service du groupe (et du groupe uniquement, pas de son entourage pro) pour que le disque sonne comme les musiciens souhaitaient.

Autant dire qu’il est une référence pour moi et tous mes projets musicaux seraient différents sans lui, tant pour le son (même si je n’enregistre pas en analogique…) que pour l’attitude vis-à-vis du business.

Albini est mort, vive Albini !

Photo de concert : un guitariste-chanteur porte sa guitare avec une ceinture, la bouche collée au micro, avec les bras levés comme pour faire l'avion, vu de profil, en noir & blanc.
Steve Albini - Shellac, 2016

Notes

[1] J’ai commencé la rédaction de ce billet le 9 mai, lendemain de la nouvelle…

[2] Qui sera partiellement dénaturé car remixé pour être plus lisse…

[3] Dont les 3 disques pré-cités, bien entendu.

[4] Dont je reprends le titre Gut Bug sur l’album Utopilule.

[5] Do it yourself = fais-le toi-même.

[6] Traduit trompeusement en français par producteur : le producteur est celui qui met les sous, ici on parlerait plutôt de directeur artistique.

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