Paris Web 2015 : du web et des licornes

Paris Web, c’est évidemment d’abord l’occasion de voir d’excellentes conférences (on y reviendra), mais c’est aussi et surtout l’opportunité unique de croiser des gens - qu’on suit notamment sur Twitter - en vrai, de pouvoir échanger, de ressentir un esprit unique et positif qu’on ne trouve nulle part ailleurs.

Je n’avais pas pu y aller l’an dernier (j’avais du coup suivi les streams vidéo des conférences), alors que c’est un rendez-vous que j’attends impatiemment tous les ans depuis que je m’y suis rendu la première fois en 2011. Je ne pouvais pas faire l’impasse cette année… et… scoop : je ne le regrette pas !

Du web et des licornes : c'est parti ! Cette année plus qu’une autre a été spéciale, et ce à plus d’un titre. D’abord, il s’agissait de la 10e édition, on pouvait donc s’attendre à des surprises. Ensuite, parce qu’on a appris quelques jours avant l’ouverture qu’il s’agirait peut-être de la dernière édition, une grande partie du staff ne souhaitant pas renouveler son implication dans l’organisation de cet événement. Staff, qui, faut-il encore le préciser, est aux petits soins avec les orateurs comme les auditeurs pour un accueil toujours aussi chaleureux et attentif.
Et puis comment passer sous silence l’omniprésence de licornes et d’arc-en-ciel, sur les goodies, les slides, dans les salles (oui, des vraies licornes !), à l’apéro communautaire, dans un photomaton spécial. Une fête multicolore !

Les conférences & les ateliers

Les thèmes abordés cette année étaient comme toujours variés, mais j’ai retenu 4 grandes directions qui m’ont marquées : citoyenneté, sécurité, accessibilité, créativité. En voici le détail.

Citoyenneté

La première conférence de la session est celle traitant d’internet et des libertés d’Adrienne Charmet qui officie à La Quadrature du net. Bienvenue, cette présentation explique les actions menées et celles à venir sur la législation autour du numérique, au niveau français aussi bien qu’européen, ou comment en tant qu’acteurs du web, nous devons nous impliquer le plus possible pour préserver nos libertés fondamentales, et plus largement celles de tous les utilisateurs en ligne. Excellente entrée en matière.

Abordé durant la présentation d’Adrienne Charmet, la consultation République numérique est le sujet d’une informelle initiée par Stéphane Bortzmeyer où l’on se pose légitimement la question : faut-il participer à cette consultation ? Et si oui, pour quoi faire / dire ? Débat passionnant permettant d’entrevoir une réponse (qui ne convainc pas tout le monde) : il faut participer, car même si les avis donnés ne sont pas forcément pris en compte, cet essai de démocratie ouverte est une initiative à encourager par notre implication. Vous avez jusqu’au 18 octobre pour donner votre avis, go !

Sécurité / surveillance

On peut dire sans trop s’avancer que la sécurité au niveau web (et plus) devient une préoccupation importante, reflétée par le nombre de sujets retenus. Et quand des gouvernements se mettent à légiférer en laissant les coudées franches pour espionner tout le monde, il est normal de chercher des solutions pour s’en protéger.

Nous avons donc eu un brillant exposé par Matthias Dugué des outils et techniques disponibles en terme de cryptologie sur le web afin de préserver la confidentialité des données. Et au final, on s’aperçoit que c’est loin d’être facile pour tout le monde de mettre en place une solution sûre, mais malgré tout faisable.

Plus précis et technique, l’implémentation d’un nouveau système de connexion sécurisé prenant la suite d’OpenID, OpenID Connect et son application future sur les comptes des sites d’administration (ce qui va donc tous nous concerner) avec FranceConnect nous est présenté par François Petitit.

Le lendemain matin, Virginie Galendo fait un tour d’horizon des évolutions à attendre au niveau de la gouvernance mondiale sur la sécurité et les outils associés. Intéressant, même si j’avoue en avoir retenu assez peu de choses.

De façon connexe, la mini-conf de François Hodierne sur les robots nous dévoile une partie peu évoquée et pourtant critique sur le web : le trafic dû aux robots, avec de nombreux exemples et un panel des différents types, des simples explorateurs de contenus aux méchants bots zombies qui attaquent les serveurs. Les connaître pour mieux les gérer voire s’en protéger est donc primordial.

L’avant dernière conférence du vendredi fait également la part belle au thème de la confidentialité avec Tristan Nitot présentant de façon claire, didactique et imagée les dangers de la concentration de nos données sur les grandes plate-formes américaines (les GAFA entre autre), puis faisant la promo de façon éhontée de la solution de cloud personnel proposée par la start-up où il travaille actuellement (Cozy Cloud), sans jamais citer d’autres solutions pourtant existantes et parfois plus avancées. Ce qui aurait pu être une excellente présentation a tourné en fausse conférence sponsorisée, et mis mal à l’aise une bonne partie de l’assistance. Dommage, surtout de la part de Tristan.

Accessibilité

Tout d’abord, il faut préciser que Paris Web est une des rares conférences à être accessible par le choix de locaux équipés, et bien sûr grâce à la vélotypie (dans une des 2 salles) et aux interprètes LSF qui assurent vraiment (voir plus loin). Ce qui permet de côtoyer des handicapés auditeurs et orateurs, et d’avoir des retours d’expérience concrets et directs.

Après cette introduction, place aux confs : en 15 minutes, Aurélien Levy nous présente les principales évolutions du RGAA 3 fraîchement sorti et leur application concrète sur les sites.

Une présentation qui m’a enthousiasmé (je crois ne pas avoir été le seul) : le site du Pas de Calais et la démarche d’accessibilité débutée depuis 2008 (si je me souviens bien) par Bertrand Binois et son équipe, avec un budget réduit mais une grande implication. En démontant au passage et avec humour un certain nombre de préjugés, Bertrand prouve qu’il est possible de faire accessible et de qualité en mettant en œuvre des documents de référence, en choisissant des prestataires de façon rigoureuse… Site déjà conforme au RGAA2, appliquant également les bonnes pratiques Opquast, il devient pilote fin 2014 pour appliquer le tout neuf RGAA V3 encore en bêta et remonter les problèmes de certains critères, et est le 1er à être conforme au RGAA3 en juin 2015. Un travail d’acharné, une présentation brillante.

Une informelle a lieu sur la refonte toute récente du site service-public.fr (conforme au RGAA3) avec l’équipe qui a mené à bien cette mission. C’est un peu l’exemple rêvé d’une équipe qui travaille en agile, avec des intervenants experts (“la dream team”) dans tous les domaines (accessibilité, ergonomie notamment), une équipe sensibilisée aux enjeux du site : l’expérience de l’utilisateur est primordiale. Une réussite qui se pose en exemple incontournable de ce qu’il fau(drai)t tout le temps faire.

Sylvie Duchateau et Isba Sylvie Duchateau nous sensibilise sur la manière dont elle utilise au quotidien les outils à sa disposition (pour le web mais aussi en bureautique), et ouvre la porte à une formation spécifique pour des personnes aveugles, qui pourraient notamment devenir les référents accessibilité[1] au sein des administrations.

Créativité

Dire que la conférence de Marie Guillaumet était attendue est loin de la réalité : le petit auditorium Blin est plein à craquer, Marie est ovationnée avant même de commencer. Autant dire que je suis à l’unisson : à suivre et apprécier son travail et son blog qui fourmille de belles idées, de chouettes liens, d’articles touristico-gastronomiques, techniques, sur la créativité, etc., je suis sûr qu’elle va brillamment relever le défi. Elle nous parle donc de “design de soi”, un terme moins porté sur la marque que l’anglais “personal branding”, plutôt inadéquat pour parler d’une personne. Elle évoque au passage le fameux syndrome de l’imposteur, largement répandu dans nos métiers (et ailleurs) en encourageant chacun à écrire, car “Vous êtes Légitimes !”, car chaque parcours, chaque expérience personnelle peut être utile à partager, permet également de s’inscrire dans une démarche personnelle de valorisation. Une idée qui m’interpelle aussi est d’éviter de se disperser selon le contexte, une source de réflexion pour une future réorganisation de ma présence en ligne ?
Comme je ne peux pas tout résumer ici, je vous laisse aller lire la transcription complète, qui, il faut le noter, a été mise en ligne avant la conférence, permettant ainsi à tous les publics de la suivre. Très chouette attention.

J’aurais voulu dire tout le bien que j’ai pensé de l’excellente présentation de Virginie Caplet - ah voilà, c’est fait ! - mais faute de notes, je n’en dirai pas plus : au bout d’une semaine, ma mémoire (de poisson rouge) fait défaut !

Surpriiiiiiise !

Nous avons eu la joie de découvrir pour clore les 2 jours de conférence une présentation (notée “surprise” sur le programme) à la fois décalée, drôle, et passionnante : c’est en effet Sandrine, l’une des interprètes en LSF qui participe à Paris Web depuis quelques années qui, à travers un retour en arrière par tweets interposés[2] nous explique ce qu’est et n’est pas la LSF, combien une conférence comme Paris Web est difficile pour elles avec les termes techniques, abréviations, et blagues geeks[3], mais aussi combien elles sont bien reçues et considérées, tant par le staff que le public, ce qui est loin d’être le cas partout, semble-t-il. Cette conf est une merveille. MERCI !

Et le reste

L'intégrateur par Courbet, Huhu !

Ne cherchant pas à être exhaustif, ce qui est de toute façon impossible sur ce genre d’événement, je ne pourrai que dire du bien des présentations auxquelles j’ai assisté à propos de Service Workers, Content Security Policy, Le style-guide, Être au top, Acceptation générale, la veille techno pour les vieux croûtons (aux slides tordants, voir ci-dessus)… et vous renvoie aux vidéos qui apparaîtront prochainement sur le site de Paris Web pour les découvrir ou les revoir.

L’avenir de Paris Web

François & Laurence, reconstruire Paris Web ? Une informelle a lieu pour faire un point sur l’avenir de la conférence. La situation est en effet critique, car la quasi totalité du staff a choisi de partir pour diverses raisons. Il faut donc à la fois réfléchir à l’intérêt de la poursuite de l’aventure (10 éditions, c’est bien, et la dernière est extra), et si elle se poursuit, à comment la faire bien, autrement, encore mieux, moins longtemps ? Une chose est sûre : les participants sont très attachés à cette conférence, et des idées jaillissent, des bonnes volontés[4] aussi. L’espoir est donc permis pour 2016.

Les ateliers

Cette année, je souhaitais éviter la frustration de mal choisir les ateliers, ce qui arrive parfois quand on est indécis, fatigué, pas réveillé, toussa.

Sirop d'érable : la récompense ! J’ai opté pour une valeur sûre le matin, en participant à l’atelier sur l’accessibilité et les tests sous NVDA avec l’excellent Denis Boudreau ; il a fait un tour complet sur les besoins en accessibilité numérique, nous a donné des chiffres significatifs (39 millions d’aveugles dans le monde, 246 avec une vision déficiente), présenté les différents outils… Nous avons ensuite testé avec les lecteurs d’écran disponibles selon les appareils : NVDA, Voice Over, Talkback. Nous étions en petits groupes à tester certains éléments du site de la FNAC fraîchement refondu ; je me suis ainsi retrouvé avec Joëlle et Rémi. Pour le détail sur ce que nous avons essayé avec Voice Over, je vous laisse aller lire le billet très complet de Rémi. En résumé, le nouveau site de la FNAC est globalement peu accessible, mal conçu sur de nombreux points qui peuvent être bloquants.

L’après-midi, Nathalie Rosenberg a proposé un atelier pour échanger sur le futur, Et dans 20 ans, je fais quoi ?, suite notamment à la conf sur la veille technologique. En tant que travailleurs du web, la question se pose forcément, de part l’évolution constante des technologies, de part l’obligation de la suivre… La discussion ouverte a porté sur de nombreux thèmes, la formation, les objets connectés, les évolutions des métiers, etc. Mais se projeter à 20 ans, c’est trèèèèès long à l’échelle du web… On est toujours frustré en ressortant de ce type de débat, car même si de nombreuses idées sont échangées, il n’y a bien sûr aucune réponse définitive. J’avoue que c’est une question qui me taraude, à une échéance plus courte.

Suite à la conférence Death and UX: digital afterlife and digital legacy (à laquelle je n’avais pas assisté, attaquer un matin à 9h sur ce thème me semblant un peu abrupte), Stéphane Deschamps revient sur le testament numérique[5] en un atelier où chacun alimente la longue liste des services en ligne, de toutes les données personnelles (en ligne et hors ligne). L’on tente ensuite d’élaborer selon les cas la meilleure solution pour sauvegarder certaines données, fermer des services devenus inutiles, faire en sorte d’établir une transition la plus sereine possible aussi côté numérique. Un document / site participatif devrait voir le jour suite à cet atelier.

Vaincre sa timidité

Paris Web a ceci de bien que les auditeurs rassemblent autant des étudiants (surtout pendant les ateliers) que des experts… Une grande diversité de métiers aussi, rendant les rencontres enrichissantes.

Ainsi, je me suis enfin décidé à aborder des gens que je suis, dont j’aime le travail (et/ou les opinions) et avec lesquels j’avais envie d’échanger… L’opportunité de prolonger la journée en prenant un verre ou un repas le soir a également permis des rencontres plus informelles et chaleureuses. J’ai ainsi pu ressentir de façon plus prégnante le fameux #sharethelove qui se dégage de cet événement.

Et j’en ressors plus boosté que jamais, avec l’envie de tester plein de choses, d’oser publier (l’effet “design de soi”), et de faire avancer à mon niveau l’accès au web pour tous !

Notes

[1] une des nouvelles obligations du RGAA3 pour obtenir le label e-accessible.

[2] J’aurai l’honneur d’avoir un tweet mentionné, et de me faire (gentiment) tacler.

[3] Du coup, elles deviennent des warriors : “Il y a ceux qui ont fait Paris Web, et les autres !”

[4] Envie de rejoindre l’équipe ? -> contact[at]paris-web.fr !

[5] Ou que faire des données numériques après la mort ?

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